Redoublement et orientation : au delà des questions comptables, faire progresser tous les élèves à leur rythme

mardi 15 novembre 2016
par  Sud Education CA
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Les nouvelles procédures d’orientation s’appliquent désormais dans le 1er et le 2nd degré, avec les décrets de 2014 précisant les conditions de la suppression du redoublement et conformément aux principes de la loi dite de « refondation de l’école ».

Le redoublement devient donc une procédure tout à fait exceptionnelle et ne peut plus figurer dans aucune proposition ou décision d’orientation. Il se limite à deux cas : « un redoublement peut être mis en œuvre pour pallier une période importante de rupture des apprentissages scolaires » (article 27 du décret 2014-1377), et « … lorsque les parents d’élèves ou l’élève majeur de troisième et de seconde n’obtiennent pas satisfaction pour les voies demandées, ils peuvent obtenir le maintien dans le niveau de classe d’origine » (article 16 du décret). Dans le premier cas le redoublement peut être proposé par le conseil de classe ou l’enseignant en élémentaire, mais il doit être validé par le chef d’établissement ou l’inspecteur de circonscription et par l’accord écrit des parents ou de l’élève majeur quand c’est le cas.

Enfin, le décret 2015-1351 du 26 octobre 2015 institue le droit au redoublement dans l’établissement d’origine en terminale pour un an, ainsi que la conservation des notes supérieures ou égales à 10/20 pendant 5 sessions.

Des redoublements aux effets contrastés

Cet ensemble de mesures est dans la droite ligne de la politique de baisse du nombre de redoublements depuis une vingtaine d’années. Le redoublement est devenu synonyme d’inefficacité, il est considéré comme pénalisant et inéquitable.
Il est vrai que de nombreux travaux ont montré qu’il ne répond pas en soi aux difficultés réelles qu’ont un certain nombre d’élèves. On sait que ce sont les élèves de milieux favorisés qui tirent le plus souvent parti d’un redoublement, en bénéficiant des moyens familiaux ou culturels d’une remotivation, grâce notamment aux cours particuliers. Et pour les jeunes de milieu populaire, l’effet de démoralisation est souvent terrible et l’échec à passer en classe supérieure résonne comme un verdict d’inaptitude irréversible aux apprentissages.

Quel respect des rythmes d’apprentissage ?

Pour autant, on ne peut nier l’existence d’effets positifs d’un redoublement à court terme quand il permet aux élèves de raccrocher l’année suivante le niveau de leurs camarades, quel que soit leur milieu social d’origine, même si les études sur le redoublement comme élément de stratégie dans l’orientation des élèves en collège et lycée ont été peu menées.

Dans le système de tri social par l’échec scolaire, décréter la fin des redoublements sans mesures alternatives pour traiter la difficulté ne peut en rien faire progresser véritablement les élèves en difficulté. On se contente de reporter la sélection en fin de collège, puis en fin de lycée, puis dans le supérieur. Les familles et les élèves de milieu populaire peu familiers des codes du système scolaire demeurent les récepteurs passifs de décisions indifférentes à leurs différences.

Et on peut prédire facilement un net accroissement des orientations par défaut facteur de dévalorisation pour les séries technologiques ou la série générale ES, à l’initiative des IEN ou des chefs d’établissement qui restent maîtres des décisions d’orientation finale.

La comptabilité commande

Selon le CNESCO, ces décrets ont le mérite de permettre la suppression de 20.000 postes d’enseignants et d’économiser 1,6 milliards d’euros soit nettement plus que le coût de l’éducation prioritaire. Surtout, on ne voit rien qui corresponde à la mise en place des mesures alternatives au redoublement qui étaient annoncées dans la loi d’orientation pour la « refondation de l’école ».

Seuls subsistent les dispositifs existant déjà (AP ou PPRE) dont l’insuffisance voire l’inadéquation sont avérés. Une telle carence ne peut s’expliquer que par l’obsession budgétaire du gouvernement.

Quid des élèves en difficulté qui « auraient dû redoubler » ?

L’alibi de la fin des redoublements sans mise en place de dispositifs pédagogiques adaptés ne permet pas aux élèves de progresser à leur rythme et repousse à plus tard la prise de conscience de la difficulté et les apprentissages fondamentaux.
On voit bien que se prépare un accroissement des difficultés et de la probabilité d’échec pour les élèves en difficultés, ainsi que pour le travail des enseignants. Alors que les prévisions des rectorats anticipent des effectifs de classe à plus d’une trentaine d’élèves en 1re et terminale, aucune économie sur les suppressions de postes n’est affectée à l’aide aux élèves fragiles. On exigera sûrement des trésors de rhétorique et de « coaching » aux futurs experts du ministère chargés d’expliquer aux collègues les bienfaits de la loi scolaire-budgétaire.

Assez de mesures comptables, de l’humain et du pédagogique !

Parce que tous les élèves ne se développent pas et n’apprennent pas au même rythme ni de la même manière, le nouveau système d’orientation n’annonce qu’une dégradation des conditions d’apprentissage pour un grand nombre d’élèves et les enseignants.

Une école égalitaire et émancipatrice passe obligatoirement par le respect du rythme de maturation et de développement de chacun grâce à des pratiques pédagogiques permettant les échanges, le développement de l’esprit critique, la construction patiente d’une pensée autonome par le raisonnement et la conviction.
Faire progresser tous les élèves à leur rythme, c’est d’abord leur en donner les moyens humains et pédagogiques !!


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